Le discours officiel est que le Hamas est affaibli, mais en réalité la doctrine de la force massive de Tsahal échoue.

D’aprùs le journal Britannique The Guardian :

Jusqu’Ă  rĂ©cemment, le discours de guerre sur Gaza Ă©tait trĂšs largement contrĂŽlĂ© par les Forces de dĂ©fense israĂ©liennes (FDI) et le ministĂšre de la DĂ©fense du pays. La rĂ©putation internationale d’IsraĂ«l a peut-ĂȘtre chutĂ© avec le meurtre de plus de 20 000 Palestiniens, les blessĂ©s de plus de 50 000 personnes et la destruction d’une grande partie de Gaza, mais l’armĂ©e israĂ©lienne peut encore vendre le rĂ©cit plausible d’un Hamas gravement affaibli, affirmant mĂȘme que la guerre en Le nord de Gaza Ă©tait en grande partie achevĂ© et le succĂšs dans le sud de Gaza ne tarderait pas Ă  suivre.

Le récit a été facilité par les graves difficultés rencontrées par les quelques journalistes encore en activité à Gaza, notamment le risque pour leur sécurité personnelle, tandis que la presse internationale était bloquée à Jérusalem et dépendait des sources de Tsahal pour une grande partie de ses informations.

Cela a changĂ© Ă  mesure qu’une image diffĂ©rente commençait Ă  Ă©merger. PremiĂšrement, il y avait un manque de preuves pour Ă©tayer l’affirmation de Tsahal selon laquelle un quartier gĂ©nĂ©ral du Hamas se trouvait sous l’hĂŽpital al-Shifa, puis Tsahal n’était pas en mesure d’identifier l’emplacement des otages israĂ©liens, malgrĂ© le fait qu’elle disposait de services de renseignement parmi les plus avancĂ©s au monde.

TrĂšs rĂ©cemment, deux autres incidents se sont produits. Le 12 dĂ©cembre, les paramilitaires du Hamas ont tendu une triple embuscade dans une partie de Gaza prĂ©tendument contrĂŽlĂ©e par les forces israĂ©liennes. Une unitĂ© de Tsahal est tombĂ©e dans une embuscade et a subi des pertes. D’autres troupes ont Ă©tĂ© envoyĂ©es pour aider cette unitĂ©, puis elles ont Ă©tĂ© prises en embuscade, tout comme des renforts.

Dix soldats de Tsahal auraient Ă©tĂ© tuĂ©s et d’autres griĂšvement blessĂ©s, mais c’était leur anciennetĂ© qui comptait, notamment un colonel et trois majors de la brigade d’élite Golani. Que le Hamas, soi-disant dĂ©cimĂ© et avec des milliers de soldats dĂ©jĂ  tuĂ©s, puisse organiser une telle opĂ©ration n’importe oĂč Ă  Gaza, sans parler d’un district qui serait dĂ©jĂ  sous le contrĂŽle de Tsahal, devrait faire douter de l’idĂ©e selon laquelle IsraĂ«l fait des progrĂšs substantiels dans la guerre.

Un autre indice est venu quelques jours plus tard, lorsque trois otages israĂ©liens ont rĂ©ussi Ă  Ă©chapper Ă  leurs ravisseurs, pour ensuite ĂȘtre tuĂ©s par des soldats de Tsahal, bien qu’ils soient torse nu et portaient un drapeau blanc. Ce qui a aggravĂ© la situation depuis, et qui provoque une colĂšre considĂ©rable en IsraĂ«l, c’est que les appels des otages ont Ă©tĂ© captĂ©s par un chien de recherche de Tsahal Ă©quipĂ© d’un systĂšme audio cinq jours avant leur exĂ©cution.

Il existe d’autres indications, plus larges, des problĂšmes de Tsahal. Les chiffres officiels des victimes font Ă©tat de plus de 460 militaires tuĂ©s Ă  Gaza, en IsraĂ«l et en Cisjordanie occupĂ©e et d’environ 1 900 blessĂ©s. Mais d’autres sources Ă©voquent un nombre bien plus Ă©levĂ© de blessĂ©s.

Il y a dix jours, le principal quotidien israĂ©lien Yedioth Ahronoth a publiĂ© des informations obtenues auprĂšs du dĂ©partement de rĂ©habilitation du ministĂšre de la DĂ©fense. Le chef du dĂ©partement, Limor Luria, aurait dĂ©clarĂ© que plus de 2 000 soldats de Tsahal avaient Ă©tĂ© enregistrĂ©s comme handicapĂ©s depuis le dĂ©but du conflit – et que 58 % de tous ceux qu’il avait soignĂ©s souffraient de blessures graves aux mains et aux pieds – suggĂ©rant un Le bilan des victimes est bien plus Ă©levĂ© que le chiffre officiel. Pendant ce temps, le Times of Israel a rapportĂ© le nombre de soldats de Tsahal, de la police israĂ©lienne et d’autres forces de sĂ©curitĂ© blessĂ©s Ă  6 125. Il y a Ă©galement eu un certain nombre de victimes de tirs amis, le mĂȘme journal faisant Ă©tat de 20 dĂ©cĂšs sur 105 dus Ă  de tels incendies ou Ă  des accidents survenus au cours des combats.

Dans l’ensemble, l’armĂ©e israĂ©lienne continue de suivre la doctrine Dahiya , bien rodĂ©e, de la force massive pour rĂ©pondre Ă  une guerre irrĂ©guliĂšre, causant d’importants dĂ©gĂąts sociaux et Ă©conomiques, sapant la volontĂ© des insurgĂ©s de se battre tout en dissuadant de futures menaces Ă  la sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l. Mais ça va vraiment mal. Les critiques Ă©manent de milieux inattendus, notamment de la part de l’ancien ministre britannique de la DĂ©fense, Ben Wallace, qui a mis en garde contre un impact qui pourrait durer 50 ans. MĂȘme l’administration Biden commence Ă  s’inquiĂ©ter de ce qui se passe, mais Benjamin Netanyahu et le cabinet de guerre sont dĂ©terminĂ©s Ă  continuer aussi longtemps qu’ils le peuvent.

Cela vaut la peine de comprendre pourquoi. Les attentats du 7 octobre et la brutalitĂ© qu’ils ont entraĂźnĂ©e ont touchĂ© au cƓur de l’idĂ©e de sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l, ce qui signifie que la grande majoritĂ© des Juifs israĂ©liens ont jusqu’Ă  prĂ©sent continuĂ© Ă  soutenir la rĂ©ponse de Netanyahu. Mais mĂȘme cela s’effiloche et est aggravĂ© par l’assassinat des trois otages par les troupes de Tsahal.

L’une des consĂ©quences de tout cela est que les commandants de Tsahal subissent une Ă©norme pression pour rĂ©ussir, et qu’ils iront aussi loin que le cabinet de guerre le permettra. Beaucoup de ces commandants sont trĂšs intelligents, bien qu’inĂ©vitablement dĂ©terminĂ©s, et sauront dĂ©sormais que malgrĂ© toute la rhĂ©torique de Netanyahu, le Hamas, ou du moins les idĂ©es du Hamas, ne peuvent pas ĂȘtre vaincus par la force militaire. Ils savent Ă©galement que, mĂȘme si les pourparlers sont au point mort , la pression exercĂ©e par les familles des otages pourrait bientĂŽt entraĂźner une nouvelle pause humanitaire. Leur objectif sera donc de nuire au Hamas autant qu’ils le peuvent, aussi vite qu’ils le peuvent, quel qu’en soit le prix pour les Palestiniens. Pour preuve de cette approche, tĂ©moignez les intenses raids aĂ©riens de cette semaine.

Ce qui rend cela possible, c’est la dĂ©pendance de Netanyahu Ă  l’égard d’une minoritĂ© extrĂ©miste de fondamentalistes religieux et de sionistes intransigeants au sein de son gouvernement. Ils n’auraient pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un soutien plus large en IsraĂ«l sans la tragĂ©die du 7 octobre, et pourtant ils nuisent de plus en plus Ă  la sĂ©curitĂ© Ă  long terme d’IsraĂ«l. Non seulement IsraĂ«l risque de devenir un État paria, mĂȘme parmi ses alliĂ©s, mais cela alimentera Ă©galement une gĂ©nĂ©ration d’opposition radicale de la part d’un Hamas reconstituĂ© ou de son inĂ©vitable successeur.

Il a besoin d’ĂȘtre sauvĂ© de lui-mĂȘme, mais cela dĂ©pendra avant tout de Joe Biden et de son entourage. PoussĂ©s peut-ĂȘtre par l’évolution rapide de l’opinion publique en Europe occidentale, ils doivent reconnaĂźtre le rĂŽle qu’ils ont Ă  jouer pour mettre un terme immĂ©diat Ă  ce conflit.

‱ Cet article a Ă©tĂ© modifiĂ© le 22 dĂ©cembre 2023 pour supprimer un chiffre de victimes non vĂ©rifiĂ© pour le personnel militaire et pour inclure un chiffre Ă©quivalent provenant d’une source diffĂ©rente.

Paul Rogers est professeur Ă©mĂ©rite d’Ă©tudes sur la paix Ă  l’UniversitĂ© de Bradford et membre honoraire du Joint Service Command and Staff College.

Traduction : La Nation


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