
Bulletin d’histoire politique
Chapitre 1: L’Éveil Nationaliste d’une Jeunesse Prodigieuse
Né à Montréal en 1929, le « Mozart canadien » André Mathieu est le fruit de l’union entre le pianiste et compositeur Rodolphe Mathieu (1890-1962) et la violoncelliste Wilhelmine Gagnon (1910-1976). Dès sa tendre enfance, les journaux canadiens-français s’emparent de son prodige musical, le baptisant le « petit prince du piano ». Son don extraordinaire éclate très tôt, stupéfiant le public par sa virtuosité.
Dès l’âge tendre de quatre années, André Mathieu, tel un prodige, esquissait ses premières compositions au piano, harmonisant ainsi les notes qui trameront sa destinée. À l’âge de cinq ans, il bravait les scènes du monde, porteur de son art et de son talent.
Premiers Pas dans l’Engagement Nationaliste
Cependant, ce qui rend l’histoire d’André Mathieu encore plus captivante, c’est son profond engagement envers le nationalisme Canadien Français. À l’âge de quatorze ans déjà, le jeune virtuose se passionne pour la politique et les mouvements nationalistes, devenant un fervent défenseur de la culture et de l’indépendance du Québec. En 1950, il se positionne publiquement en faveur de l’indépendance du Québec, marquant ainsi son soutien indéfectible à la cause nationale.
Son récit nous plonge au cœur des mouvements nationalistes de l’époque.
En cette année 1943, alors qu’il n’avait que treize printemps, André Mathieu composa le « Concerto de Québec », une œuvre symphonique qui deviendrait une pierre angulaire de l’identité culturelle du Québec.
Alain Lefèvre, l’Orchestre Symphonique De Québec
Alain Lefèvre, l’Orchestre Symphonique De Québec
Alain Lefèvre, l’Orchestre Symphonique De Québec
Cette composition, telle une déclaration musicale de souveraineté, devint la trame sonore du film « La Forteresse » en 1947, propageant ainsi les aspirations nationales à travers ce film juif majoritairement américanisé autrement dit, « hollywoodien ».
Dans le tumulte de sa jeunesse, André Mathieu organisait des « pianothons » où sa virtuosité transcendantale devenait une métaphore de la résistance et de la persévérance.
Au cours de sa carrière, cet artiste visionnaire donnera naissance à plus de 200 œuvres, la plupart d’entre elles ciselées dans la forge de son enfance et de son adolescence, portant en elles l’essence d’une nation en quête de reconnaissance.
André Mathieu, élevé dans l’étreinte d’une famille baignée de nationalisme, voit son destin se tisser au gré des chants nationaux. Son père, Rodolphe, porteur de la flamme de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, façonne l’art de la composition musicale dans l’âme du jeune nationaliste André Laurendeau. Lorsque ce dernier pose la première pierre du Bloc populaire canadien, la famille Mathieu, emportée par le souffle de l’engagement, se joint à cette quête. Le Bloc populaire canadien, né du creuset québécois en 1942, se dresse à l’aube des scrutins provinciaux et fédéraux.
Maxime Raymond, guide national, et André Laurendeau, timonier provincial, brandissent l’étendard de l’opposition à la conscription. Dans l’élection québécoise de 1944, le Bloc populaire gagne quatre voix, tandis que deux étoiles illuminent son ciel lors du scrutin fédéral de 1945. Mais, comme une étoile filante, le parti s’évanouit au lendemain de la Grande Guerre, disparaissant entièrement en 1948.
Deux mois à peine après sa naissance, les artisans du Bloc populaire décident d’initier une première jeunesse, une mélodie en herbe pour attirer les jeunes rêveurs. Le Bloc populaire canadien junior, sous la batte du jeune André Mathieu, bien qu’il n’ait que quatorze ans, tente de composer une symphonie d’engagement. Mais les pages de l’histoire semblent ne pas retenir ses harmonies, les partitions sont effacées des archives et des gazettes. Vers la fin de cette année 1943, une nouvelle symphonie prend la place du Bloc populaire canadien junior, orchestrée par Paul-Emile Robert et J-Z Léon Patenaude, nommée les-Jeunes Blocs. Pourtant, il reste important de révéler la mélodie du Bloc populaire canadien junior, car c’est dans ce creuset que les premières notes du nationalisme d’André Mathieu ont résonné. Ce groupe de jeunes idéalistes s’est formé le 4 décembre 1942 à Montréal, sous la présidence d’André Mathieu et la vice-présidence de René Pouliot, comme une poésie naissante dans le chant de l’engagement.
Les membre âgés de quatorze à vingt ans, s’éveillent sous la bannière de l’engagement nationaliste. Lors de l’assemblée inaugurale, l’écho de la mission résonne : soutenir les pas du Bloc populaire canadien, mais aussi cultiver l’orgueil national et faire fleurir les talents de notre jeunesse.
Le bureau central de cette épopée est ancré à Montréal, et chaque quinze jours, le vendredi soir, l’âme vibrante des jeunes se rassemble au Monument National de la Société Saint-Jean-Baptiste. André Mathieu et ses complices, tels les porteurs de la flamme, tentent l’a raviver à travers la province, mais l’éclosion se limite. À l’exception du comité de Montréal, seul Québec porte le flambeau, sous la bannière de Guy Beauchemin, l’ami d’André Mathieu. Les jeunes militants du Bloc populaire rêvent de donner naissance à une feuille de combat, dont le titre provisoire évoque la « Nouvelle-Laurentie« . Cependant, ces mots ne verront jamais le jour dans les kiosques. Néanmoins, au cœur des archives familiales des Mathieu, des articles destinés à ce périodique attendent dans l’ombre, signés par André, caché sous le pseudonyme d’André Dupont. Ce jeune homme de quatorze ans prépare une symphonie d’écrits, une mélodie composée de notes musicales, mais aussi de paroles gravées dans l’histoire et la politique. La plupart de ses mots dansent autour de la Deuxième Guerre mondiale. Ses écrits révèlent un regard accusateur, pointant du doigt les coupables de la guerre, qu’ils soient anglais capitalistes ou encore les communistes semant le chaos. Il déplore l’alliance du Canada avec les Soviétiques, les qualifiant de barbares. Les idées nationalistes d’André Mathieu s’enracinent profondément dans l’économie, plaidant pour un « achat-chez-nous« , tirant leurs racines de l’histoire des Canadiens français. Dans un récit intitulé « La bataille des plaines d’Abraham« , il peint la défaite comme une tragédie :
« Nous, Canadiens français, devons rester seuls, entourés de conquérants barbares et cruels. Hélas, ce n’était que le prélude à nos souffrances et à nos peines. »
Les écrits d’André Mathieu destinés à la « Nouvelle-Laurentie » restent inédits, leurs mélodies ne trouvent point d’oreilles, mais il est captivant de noter que, malgré ses quatorze ans, le jeune pianiste brûle d’un nationalisme ardent. Le Bloc populaire canadien junior, sous la houlette d’André Mathieu, connaît un souffle timide. Cependant, l’artiste s’inscrit d’une autre manière dans l’histoire du Bloc populaire, en 1943, en composant une œuvre musicale, une marche intitulée « La marche du Bloc populaire« . Une symphonie silencieuse, jouée dans les coulisses de l’engagement.
Dans les années 1940, alors que les vents de l’engagement le guident au sein du Bloc populaire canadien, André Mathieu croise le chemin de Dostaler O’Leary (1908-1965), un intellectuel dont l’influence va façonner ses pensées. Dostaler O’Leary, ancien membre des Jeune-Canada et ami personnel d’André Laurendeau, prend racine en 1935, aux côtés de son frère Walter-Patrice O’Leary (1910-1989), pour fonder à Montréal les Jeunesses patriotes. Ce groupe, arborant une teinte indépendantiste, affiche des tendances fascistes et rêve de créer un État français et corporatiste sur les rives du Saint-Laurent. Les Jeunesses patriotes étendent leurs racines à travers le Québec, avec des figures telles que Carmel Brouillard, Pierre Chaloult, Michel Chartrand, Réal Denis, Jean-Louis Gagnon, Hector Grenon, Émile Latrémouille, René Sarrasin, Philippe Vaillancourt et Ivanhoé Valiquette. Toutefois, en 1939, à l’orée de la guerre, les Jeunesses patriotes se retirent silencieusement.C’est vers la fin des années 1940 qu’André Mathieu tisse des liens d’amitié avec la famille O’Leary, particulièrement proche de Lucile O’Leary, l’épouse de Dostaler. Entre 1950 et 1954, André et Lucile s’échangent des mots, créant une symphonie de correspondance. Dans cette harmonie épistolaire, Lucile voit en André un maître, un enseignant du piano, mais aussi un confident. Elle l’encourage à persévérer dans sa composition, à résister face aux épreuves. André apprécie ces notes d’encouragement, à tel point qu’en 1951, il lui dédie une de ses œuvres majeures, le « Prélude romantique« . Dostaler et Walter O’Leary font également partie de cette partition, avec Walter devenant l’impresario d’André sous la bannière des « Artistes indépendants d’Amérique » en novembre 1950, tandis que Dostaler utilise ses relations pour aider la famille Mathieu à obtenir une bourse d’études pour Camille, la jeune sœur d’André.En 1950, Dostaler et Walter O’Leary cherchent à raviver l’organisation autrefois endormie des Jeunesses patriotes, avec André Mathieu comme président. Après une décennie de silence, les Jeunesses patriotes refont surface en 1950, mais leur répertoire d’actions reste restreint. Leur seule action notable en 1950 est l’envoi de lettres ouvertes dans les journaux. La première de ces lettres, vraisemblablement rédigée par Walter O’Leary, est datée du 9 janvier 1950. Elle s’adresse au Premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, avec l’intention de le convaincre d’adopter l’idéologie indépendantiste. Les Jeunesses patriotes estiment que la Confédération a trompé les Canadiens français et critiquent la stratégie autonomiste.
Malgré les nobles intentions de Maurice Duplessis et de l’Union nationale visant à préserver les compétences du Québec, la réalité demeure implacable : les Canadiens français demeureront en minorité, et les conflits s’enracineront.
Selon eux, une seule solution se dessine pour résoudre cette énigme : l’indépendance politique du Québec. Une fois ce précieux joyau acquis, alors seulement pourra éclore une fédération authentique, unissant les deux Canada en toute autonomie.
Les Jeunesses patriotes appellent Maurice Duplessis à se lever en faveur de l’indépendance du Québec, à embrasser le titre de « libérateur de la nation canadienne-française« . Selon eux, Duplessis doit rédiger une déclaration d’indépendance, à adresser à Ottawa, à Londres, et à l’ONU. Il doit ensuite se tenir en homme d’État souverain, et le reste suivra avec le temps.
Une seconde lettre ouverte, en date du 31 mars 1950, voit le jour, cette fois signée par le président André Mathieu, le fondateur Walter O’Leary et le secrétaire-général René Sarrasin. Cette missive est destinée au ministre fédéral de l’Immigration, dans le contexte brûlant de la controverse Bernonville. Jacques de Bernonville, officier français sous Vichy, déclenche une polémique au Canada en s’exilant au Québec à la chute du maréchal Pétain. Les Jeunesses patriotes, parmi d’autres groupes nationalistes, se rallient à sa cause, y voyant une tentative d’expulser les immigrants francophones. La lettre du 31 mars semble profiter de cette controverse pour réclamer le rapatriement des compétences en matière d’immigration au Québec. C’est, semble-t-il, la dernière action des Jeunesses patriotes sous la présidence éphémère d’André Mathieu.Cependant, l’échec du projet de relance des Jeunesses patriotes n’entâcha pas la détermination d’André Mathieu et des frères O’Leary.
Les Chevaliers de la Table Ronde : Porteurs d’Idéaux et d’Engagement Politique
Ils poursuivent leur engagement au sein d’une autre organisation, les Chevaliers de la Table Ronde du Canada, une société semi-secrète établie à Montréal. Fondée autour de 1938 par Dostaler et Walter O’Leary, cette société regroupe d’anciens membres des Jeunesses patriotes. La guerre éclatant, ils préfèrent continuer leurs activités au sein d’une organisation plus discrète. Les Chevaliers de la Table Ronde sont une fraternité d’amis intimes, se réunissant pour assister à des conférences, débattre des sujets abordés, et conclure par des festivités. Le déroulement de leurs réunions est décrit dans un tract destiné aux membres, alliant danse, discussions philosophiques, lectures, et concours de blagues. Dans cette atmosphère conviviale, les Chevaliers cherchent à équilibrer légèreté et engagement.
Au cœur de l’âme humaine, homme ou femme, les Chevaliers ouvrent leurs bras.
Lucile O’Leary, semble-t-elle, jouer un rôle de premier plan dans ce tableau, dans une lettre du 14 juin 1947, Lucile et Walter O’Leary évoquent les règles à suivre, tels des oiseaux.
Lors des réunions, chaque Chevalier apporte son tribut, une bouteille de vin, un livre à l’esprit rabelaisien, un livre sur la chevalerie, un défi.
Ils doivent connaître l’histoire de la chevalerie du Québec et des Chevaliers de la Table Ronde.
Ils doivent régler leur cotisation annuelle, bannir la haine, vivre dans l’amour, une promesse profonde.
L’Admission d’André Mathieu et son Rôle dans les Chevaliers de la Table Ronde.
Officiellement, André Mathieu devient Chevalier de la Table Ronde le 5 janvier 1950. Son pseudonyme, « Chevalier de la Touche », sur cette voie nouvelle il s’engageait. Dans les listes de membres, l’identité protégée par des noms de chevaliers mais aux côtés de leurs adresses réelles, à côté de ces pseudonymes, l’histoire garde leurs secrets familiers.
En 1950, parmi les membres connus, des noms se dévoilent, Dollard Dansereau, François Hertel, Henri Tranquille, autant d’étoiles.
Anciens membres des Jeunesses patriotes, des visages familiers, Fernand Lacroix, Émile Latrémouille, René Sarrasin, pour l’indépendance nationale, engagés à bras-le-corps sans répit.
Mais la partition des Chevaliers connaît un changement de ton. Vers la fin des années 1950, l’indépendance du Québec devient leur horizon.
En 1960, ils deviennent les Chevaliers de la Table Ronde du Québec Libre.
André Mathieu, encore parmi eux ? L’archive ne livre pas tous ces mystères.
Chapitre 2: André Mathieu – Les Accords du Nationalisme Québécois
André Mathieu et l’Alliance laurentienne : Notes d’Indépendance
Cependant, André Mathieu ne marche pas sur les pas du RIN, L’Alliance laurentienne est son nouveau chemin.
Fondée en 1956 par Raymond Barbeau, elle vise l’indépendance de la Laurentie,
(Un nom pour le Québec une fois indépendant) une quête à laquelle il s’initie.
En 1961, André Mathieu compose « L’Hymne laurentien« , un chant pour le futur État de la Laurentie, un hymne puissant.
Les paroles de Gustave Lamarche, des mots de clarté, un dernier acte musical pour la nation, un chant d’éternité.
Les archives nous livrent un mystérieux indice,
une partition inachevée, « L’Esclave, » une œuvre à la profonde éloquence.
Les Canadiens français, porteurs d’eau, selon André Mathieu, une vision critique, un engagement sans relâche, un dernier appel pour la nation à l’éveil.
La flamme nationaliste d’André Mathieu est un héritage vivant, de ses quatorze ans au Bloc populaire canadien jusqu’à sa fin, un dévouement fidèle et constant.
Un paradoxe peut être, entre son appui à l’Union nationale et à l’indépendance coexistant, et sa conviction que Duplessis serait le libérateur de la nation québécoise, un doux chant.
André Mathieu, oubliés, s’en est allé dans le mystère du dernier acte, en silence.
Le 2 juin 1968, peut-être d’une cirrhose ou d’un arrêt cardiaque, il est parti.
André Mathieu, cet auteur-compositeur relativement méconnu, renferme un aspect peu exploré de son passé : son engagement précoce en politique, animé par un nationalisme ardent. Ces faits souvent occultés des annales de l’histoire nous permettent d’éclairer d’avantage l’époque qui a vu naître ce prodige, bien que sa participation politique soit longtemps demeurée dans l’ombre. Il suscite ainsi des interrogations sur les possibles raisons historiques de cette négligence.
Cette importante facette de sa vie est inexistante dans les récits, d’où ma volonté de partager avec vous ce segment méconnu de notre histoire.
André Mathieu, un pianiste, un compositeur, un nationaliste, un artiste, demeure à jamais inscrit dans l’éternité.
Chapitre 3 :André Mathieu, le Virtuose Nationaliste Méconnu
André Mathieu, un pianiste virtuose et compositeur talentueux, a laissé une empreinte indélébile dans le monde de la musique et de l’engagement politique. Son histoire, bien que méconnue, est un exemple puissant de dévouement à la fois à travers l’art et la cause nationale, bien qu’il fut principalement ignoré et boudé de son vivant.
Son héritage continue de résonner, comme une note persistante dans la symphonie de l’histoire de la nation Canadienne Française. La Nôtre!
Ainsi j’ai eu le désir d’extraire du linceul de l’oubli la figure de ce nationaliste dévoué, un protagoniste enfoui dans les replis de notre histoire. Car trop souvent, ceux qui se tiennent sous les projecteurs ne sont que des leurres, des ombres factices, des traîtres, tandis que les authentiques gardiens de nos racines demeurent cachés, attendant d’être dévoilés. N’ayons point crainte de sonder les profondeurs de nos mémoires, de souffler la poussière du temps qui recouvre ces récits oubliés.
Il est important de souligner que rien n’indique pour l’heure une discrimination envers André Mathieu. Cependant les faits attestent qu’André Mathieu, de son vivant, était bien plus qu’un simple artiste. Il était un fervent défenseur de la nation, ayant combattu aux côtés des plus grands. Cette redécouverte de son héritage met en lumière la nécessité de revoir notre perception des figures du passé et de reconnaître la richesse de leur engagement nationaliste et artistique. En explorant ces récits oubliés, nous enrichissons notre compréhension de notre patrimoine culturel et politique, tout en honorant ceux qui ont contribué à le façonner.
Archives | Le sombre destin du pianiste André Mathieu
▪️Le pianiste André Mathieu jouant une de ses compositions au piano familial, en 1956.
▪️Peu de temps avant à mort, l’émission Jeunesse oblige du 21 novembre 1967 est consacrée à André Mathieu. L’animateur Michel Dussault dresse le portrait du pianiste et compositeur québécois.




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